LES ENSEIGNANTS : FONCTIONNAIRES OU PRESTATAIRES DE SERVICES ?

Après que leur autorité a été progressivement sapée, surtout au cours des quinze dernières années, les enseignants, et plus généralement les Personnels de l'Education Nationale qui concourent à l'éducation et à la formation des élèves, ont finalement été renversés de leur piedestal entrainant dans leur chute la vénérable institution qu'ils représentent.

Nonobstant leur statut de fonctionnaire, ils sont désormais traités comme de vulgaires prestataires au service de parents consommateurs.

Comment expliquer le changement du statut des enseignants ?

A qui la faute ?

I - Au Législateur d’abord qui n’a cessé de renforcer les droits des élèves et des parents tandis que dans le même temps il a considérablement augmenté les obligations des enseignants sans renforcer leurs droits, renversant ainsi un rapport de forces jusque-là favorable à ces derniers.

Si l’on a pu se réjouir de voir les parents collaborer davantage au processus éducatif, l’on ne peut aujourd’hui que regretter les abus commis par beaucoup dont on devrait s’inquiéter qu’au fil des années, ils ne soient plus une minorité.

Invités à pénétrer l’enceinte de l’école, les parents se sont progressivement organisés, le plus souvent en associations structurées et fortement politisées, et ont rapidement capté le pouvoir à des enseignants désorganisés, abandonnés et donc particulièrement vulnérables.

A tel point qu’il n’est plus anodin de voir certains parents faire la loi dans l’école de leurs chères progénitures jusqu’à faire arrêter ou déplacer ceux des enseignants qui ne trouvent pas grâce à leurs yeux.

Certains parents exercent un contrôle continu et oppressant sur les enseignants. Ils scrutent leurs travails, leurs méthodes, leurs comportements, leurs décisions, et exercent un insupportable droit d’ingérence qui déstabilise et fragilise les plus faibles.

Les enseignants doivent désormais rendre compte et répondre de leurs actes devant le tribunal parental. Et lorsque les parents sont insatisfaits ou simplement mécontents, ils le font immédiatement savoir. C’est alors le début de la fin pour l’enseignant mis en cause.

En effet, ils actionnent progressivement, et parfois cumulativement, les différents leviers dont ils disposent et contre lesquels même les plus solides des enseignants ne pourront in fine résister : avocats, autres parents, inspecteurs académiques, recteurs, et même Ministre !

Il arrive souvent que dès les premiers assauts, l’enseignant poursuivi abandonne le combat déjà épuisé par la rumeur et la calomnie.

Et les plus virulents des parents n’hésitent plus à rendre eux-mêmes justice ! On a vu ainsi se multiplier les atteintes à l’intégrité physique des enseignants par des parents qui n’avaient même pas l’excuse d’être des marginaux ou des cas sociaux.

Le nombre et la forme des agressions commises sur les enseignants en dit long sur le sort réservé aux enseignants et trahit outre la total inconscience, le sentiment d’impunité des parents.

Pour la majorité de ceux des parents qui commettent des violences sur les enseignants, ce n’est en effet que lorsqu’ils se retrouvent devant le tribunal correctionnel qu’ils réalisent – enfin – la gravité de leurs comportements notamment au regard de la peine encourue.

Faudra-t-il mettre les parents fautifs en prison pour qu’enfin reviennent le calme et la sérénité dans les écoles de la République ?

Et comment demander à des enfants de respecter l’école et les enseignants quand dans le même temps ils sont témoins de scènes de violences perpétrées par leurs parents contre leurs enseignants ?

Le putsch des parents a sonné la revanche des élèves. Trop longtemps soumis, trop longtemps avilis, on leur avait nié le droit d’exister, de s’exprimer, de revendiquer, et même de dénoncer les actes les plus horribles dont certains ont pu malheureusement être victimes.

Comme bien souvent, on a soigné le mal par le mal. En l’occurrence, on est passé d’un extrême à l’autre. Et pour cause puisque nous sommes désormais entrés dans un processus expiatoire qui nous conduit à ne plus douter et à ériger la parole de l’enfant en preuve incontestable avec présomption irréfragable de crédibilité. La conséquence est que dès qu’un enfant se prétend victime, l’enseignant est automatiquement perçu comme coupable et ne bénéficie plus de la présomption d’innocence.

Et il faudra souvent attendre la clairvoyance du juge pénal pour que l’enseignant soit rétabli dans son honneur.

II - A la hiérarchie ensuite, et en premier lieu aux inspecteurs de circonscriptions qui, eux-mêmes soumis à une politique de résultats, n’hésitent pas à sacrifier leurs protégés sur l’autel des statistiques. La conséquence est qu’ils ne protègent plus leurs préposés. Ils sont devenus une chambre d’enregistrement des doléances des parents. Et comme ils sont allergiques aux problèmes de leurs enseignants, ils les règlent le plus souvent en déplaçant les enseignants visés…. lesquels, résignés et impuissants, n’ont pas d’autres choix que de s’exécuter…

Cette attitude assez largement répandue participe de la fragilisation des enseignants et tend à consolider la toute-puissance des parents qui ont trouvé en la personne des inspecteurs des alliés résignés de poids.

III - Aux enseignants eux-mêmes enfin ! La défense des enseignants et de l’école publique, aussi noble soit-elle, ne doit souffrir aucune hypocrisie. S’il faut dénoncer les dérapages de certains parents et la défaillance de certains inspecteurs, il faut dans le même temps pouvoir affronter l’épreuve du miroir et s’obliger à une douloureuse mais nécessaire introspection. Beaucoup trop d’enseignants se sont laissés submergés par les parents sans broncher précipitant ainsi leur chute.

Les enseignants ne pourront recouvrer leur statut et l’autorité afférente que s’ils commencent par réagir !

Ils doivent reprendre confiance en eux et cela commence par connaitre leurs droits et obligations et surtout, par dénoncer toutes les infractions même les plus minimes.

Les enseignants ont des droits parmi lesquels la protection que leur accorde l’Etat du fait de leur statut de fonctionnaire.

Ainsi, aux termes de l’article 11 de la loi du 13 juillet 1983, l’Etat protège ses fonctionnaires lorsqu’ils sont victimes d’une infraction quelle qu’elle soit (ex : violence, injure, diffamation, harcèlement, outrage) mais également lorsqu’ils sont mis en cause dans une procédure judiciaire (audition au commissariat, garde à vue, mise en examen, renvoi devant le tribunal correctionnel).

 

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Laurent HAZAN
Avocat à la Cour